Moi, jeune agriculteur, ai-je un avenir dans l’agriculture?


Compliqué de répondre sans mensonge, sans langue de bois et sans clientélisme
Toute chose étant égale, à cette question que j’ai reçue pas mail, ma première réponse a été “non”. 
La raison ? 
L’agriculture n’appartient plus aux agriculteurs, elle appartient à l’industrie alimentaire, à la grande distribution, aux boursiers, aux traders de tous poils, aux financiers.
 
À moins que d’accepter de n’être qu’une marionnette ou un esclave, il n’y a pas d’avenir pour un jeune agriculteur.
Simple, clair et sans ambages.

Nourrir la planète n’est d’ailleurs pas un souci pour les multinationales de l’horreur. “Il suffit de nourrir ceux qui paient, les autres, on s’en fout.

Quant à la quantité disponible de terres agricoles, les mêmes multinationales n’ont pas de scrupule à raser les forêts primaires pour planter les quelques céréales ou oliégineux dont l’occident aurait besoin dans les décennies à venir.

C’est moche hein ? Ben oui, pourtant c’est comme ça ! C’est déjà comme ça !
Si on veut que ce soit autrement, il va falloir résonner, travailler, beaucoup travailler !

L’article pourrait s’arrêter là. 

 

Il reste une petite lumière…

Quels sont nos besoins en apports alimentaires en nutriments, vitamines, glucides, lipides, acides aminés, fibres ou protéines.
Je vais m’en tenir aux protéines, lipides et glucides (ce n’est pas un cours de diététique.). Suivant E-SANTE.BE
Pour un adulte comme moi, 80 kg, il me faut 1g x 80 = 80 gr de protéines végétales, animales par jour.
+/- 30 % des calories doivent être fournie par des graisses et 50 % par des glucides.

Il y a de la viande, des “légumes”, des oeufs, du lait, des céréales etc.
La consommation mondiale de protéines en 2000 était de 75 g/kg par personne càd que la production de l’époque suffisait à nourrir correctement l’ensemble des humains de l’époque le soucis étant la disparité des disponibilités: en Afrique était de moins de 60 g en Europe à plus de 90 g et aux EU plus de 110 g.

C’est sans prendre en compte le gaspillage à la source.
Les spécialistes du Gaspi sont pratiquement tous d’accord sur les chiffres. 30 % de la production totale est gaspillée et détruite.
De ces 30 %, 54 % le sont par le secteur agricole lui-même, le reste par les distributeurs et les consommateurs. Ce sont des chiffres mondiaux (FAO).
(54 % de 30 %, c’est 18 % de la production agricole totale qui est gaspillée à la ferme ! ?)
Soit ! Nous produisons donc 30 % de nourriture en trop puisque nous la jetons et que nous produisons malgré cela assez de protéines pour nourrir la planète.

Voici qui peut changer totalement l’approche de la production agricole.
Si en produisant 30 % en moins, les agriculteurs produisent assez, alors pourquoi continuer à produire de l’inutile ? 

Finalement, la production excédentaire organisée par les multinationales à l’échelle du monde serait l’arme qui permet de maintenir l’agriculture dans un système d’éternelle dépendance, esclavagiste. Des prix trop bas et et des chantages aux aides publiques européennes

Produire moins, plus cher, pour un territoire restreint serait, en bonne partie, une solution. (Est déjà !)
Produire mieux, différemment, bio (ou pas), en agroforesterie, en permaculture, produire d’autres protéines qui coûteraient moins cher en engrais, en pesticides, en gasoils et en eau ! Pourquoi pas !?
Comment organiser un passage d’un état de dépendance à celui de producteur responsable.
Là, on touche du doigt ce qui fait mal. L’organisation de l’agriculture, si elle est aux mains de la grande finance, elle l’est via un processus politique.
Le personnel politique n’est qu’un rouage au service des multinationales.

La difficulté actuelle, elle est là. 
Car pour faire des choix différents, il faut de l’air aux agriculteurs. Il faut des terres, des ouvertures financières, des formations additionnelles, des périodes de transition, l’aide à la vente des produits, l’aide à la création de filières, etc. Et ça c’est le travail des pouvoir publics locaux, du pouvoir communal en particulier.

Pour les cultivateurs qui le souhaitent. 

Durbuy, pourrait-il devenir un exemple ? Pourquoi pas !

Dans ce cadre là, à la question “Moi, jeune agriculteur, ai-je un avenir dans l’agriculture?” , je réponds “oui”

Changeons
Bernard Adam

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